Il Respiro dell’Europa

Interactive performance. Teatri del Suono/Chaos (Cantierezero Translocal Collective), Trieste, 2020.

Installation artistique interactive, Il respiro dell’Europa interroge le projet d’unification européenne à l’heure de l’hyperrationnalité algorithmique. Construite autour d’un dialogue entre art et sciences, l’œuvre questionne le rôle du processus d’ambivalence dans les rapports qu’entretiennent les citoyens, à la fois aux institutions politiques chargées d’organiser la vie de la Cité, et aux algorithmes numériques à l’œuvre dans les systèmes de communication. Prenant Trieste — ville universelle objet de tant de destinées continentales — comme point de perspective, et le continent comme ligne de fuite, Il respiro dell’Europa convoque dans un labyrinthe de voiles poussées par le souffle de visiteurs-citoyens, la réminiscence de l’ancrage méditerranéen de Trieste. S’y affichent des paires de textes poétiques en miroir l’un de l’autre, fantasmes européens nourris par chacun d’entre nous, sentences symboliques d’un continent baigné par les flots, de Porto à Riga, d’Odessa à Rotterdam. En arrière-plan, c’est un algorithme de correction d’erreurs utilisé dans les systèmes de communication numérique (précisément, un code ayant la forme d’un crystal à 64800 dimensions, notamment utilisé pour la diffusion de l’Eurovision par satellite) qui décidera. Les mots du dictionnaire étant disposés sur les sommets du crystal, toute erreur de transmission produit un message ambigu situé quelque part entre deux sommets, et l’algorithme tente alors de corriger l’erreur en alternant les projections — par un jeu d’ombre — jusqu’à trouver le sommet le plus proche, lieu où le mot devient sa propre ombre. Discret, implacable mais poussé à ses limites — hors peut-être de celles hyperrationnelles et technocratiques du projet d’Union Européenne — , l’algorithme d’Il respiro dell’Europa devient chaotique, saute d’une phrase à l’autre, oscille, hésite, perd la tête, ne sait plus très bien tout à coup quel texte choisir. Rétif, tant que se prolonge le souffle, à l’idée qu’il faudrait une réponse unique, l’algorithme expose à la lumière ce lien indéfectible qui unit chaque européen, donnant corps à la métaphore d’une circulation continue des idées qu’aura symbolisé ce continent pendant plus d’un millénaire.